Cette semaine se déroulait le Très Court International Film Festival. « International » parce qu’il présente des films du monde entier, mais aussi car les projections du festival ont lieu dans 23 pays différents (et simultanément !). « Très Court » car il présente exclusivement des films de moins de 3 minutes (hors générique). Ce qui donne des propositions assez variées, plus ou moins réussies, plus ou moins classiques. Pour rester durablement dans l’esprit du spectateur, un film de 3 minutes (moins de 1 minute pour les plus courts) devra être marquant : que ce soit par son sujet, par son style, ou par sa narration. Défi relevé par les réalisateurs et réalisatrices de cette 17ème édition.

Au Forum des images a eu lieu vendredi la remise du palmarès par le jury, présidé par Pascale Ferran (réalisatrice de Bird People, Lady Chatterley, Petits arrangements avec les morts…), précédée de la projection des 43 films de la compétition. 43 films vus en moins de 3h, c’est pour moi un record inégalé, loin des 27 films vus à Cannes en 10 jours, et des 33 films vus à Berlin sur la même durée.

Il y a de tout dans les Très Courts : du très amateur (Force, Au bon endroit, Spanner in the works, L’amour se crée…) au très maitrisé (A single life, Abiogenesis, Birthday, Wrapped…), en passant par le pastiche (Wilson qui reprendre les marottes du réalisateur Wes Anderson, Heritage dans la lignée de Terence Malick mais en nettement moins virtuose), l’émerveillement (Forêt bioluminescente), le WTF (Marcel the Shell), et le (très très) court (Force, Little Planet). Mais finalement, quelle que soit la technique employée et le niveau de maitrise de la réalisation, il y a toujours une idée derrière un très court.

Certains styles de films sont d’emblés plus efficaces que d’autres : c’est le cas pour les comédies et les films d’animations. On rit beaucoup avec Serenade (un jeune romantique se fait rembarré par celle à qui il est venu faire la cour en musique), avec Turritopsis nutricula (un jeune homme apprend qu’il est invincible, et va tenter de forcer son destin à coups de dés). Mais le plus désopilant reste le très original Marcel the Shell, troisième du nom, réalisé par Dean Fleischer-Camp :

Lorsque animation et comédies sont combinées, comme dans l’excellent film néerlandais A single life de Job, Jaris et Marieke, c’est le feu d’artifice. Du rythme, de l’émotion, une excellente BO (par Happy Campers) pour un film bourré d’idées brillantes. Déjà primé dans de nombreux festivals (et nommés aux Oscars 2015), il reçoit aux Très Court un mérité prix du meilleur film d’animation. Il est si bon que je ne serais pas étonné qu’il reçoive le prix du public !

En voici la bande-annonce :

En moins de 3 minutes, il est très difficile de s’attacher aux personnages, et c’est pourquoi le genre dramatique est le moins présent, et aussi le plus difficile sur une durée aussi courte. Le très réussi film espagnol Par répétition (Por repetición de Ricky Merino) accompli un tour de force : il commence sur le ton de la comédie, et finit sur une note plus dramatique. Le jeu des acteurs est bon, et le résultat vraiment émouvant.

Le genre horrifique est également présent. Le film Semblance de Bill Whirity qui mise sur le hors-champ, et dont la chute est résolument effrayante, est maitrisé : bien écrit, bien pensé, bien joué. Une réussite sur toute la ligne.

Le genre documentaire n’est pas oublié, et il prend la forme de films engagés dans cette 17ème compétition : dénonciation dansée de la violence avec cet étonnant pas de deux entre policiers et manifestants (Black tape de Michelle et Uri Kranot) ; docu-fiction provoc’ avec Black Block – Une histoire de violence et d’amour, portrait d’une jeune activiste mi-femen mi-action directe.

Le jury aura été particulièrement sensible à la démarche d’Ayce Kartal qui reprend les manifestations en Turquie sous forme de film d’animation dans Marche arrière, mais avec des enregistrements réels des événements. Film très personnel au style assez particulier, et qui ne laisse pas indifférent.

Pour finir, mon coup de cœur : le film Revulshk! de Julia Boutteville. Un ton douce-amère baigne ce film drôle et brillamment réalisé, qui évoque le militantisme tendance communiste sous une forme ironiquement succulente.

 

Lien :

Le palmarès complet de la 17ème édition

La sélection de la 17ème édition

Chaine YouTube des Très Courts