Quatre jours après l’annonce des résultats, vous connaissez déjà sûrement le palmarès, je vais donc me contenter de commenter les décisions du jury, avec lequel je partage en partie les choix.

Au jeu des pronostics, je me suis trompé sur la plus haute distinction. Par contre sur le plus évident Ours d’argent d’interprétation, c’était plus facile : la grande Charlotte Rampling et le remarquable Tom Courtenay sont tous les deux repartis avec une statuette.

 

ACCORDS …

SUR L’OURS D’OR

Knight of Cups n’a finalement pas été couronné à la 65ème Berlinale. Doit-on le regretter ? Pas forcément, car à la place le gagnant de l’Ours d’or est l’excellent Taxi, à bord duquel Jafar Panahi nous fait parcourir les rues de Téhéran, prétexte à parler de cinéma, de religion, de société, de liberté et finalement d’humanité. Une très forte émotion lorsque sa jeune nièce est montée sur scène pour recevoir le prix à la place de son oncle, contraint par une interdiction de sortie du territoire iranien.

Taxi de Jafar Panahi reçoit l'Ours d'or

La nièce de Jafar Panahi, qui joue dans Taxi

 

SUR L’OURS D’ARGENT DU SCENARIO

Il aurait mérité un grand prix, mais l’Ours d’argent du scénario attribué au sublime El botón de nácar lui convient très bien. Le prix est moins prestigieux, mais il est pleinement justifié par la qualité de l’écriture du film. Patricio Guzmán a mûrement pensé son sujet, et a soigné l’écriture de son film, lui insufflant une grande poésie. Comme dans Nostalgie de la lumière, il explore le ciel, l’espace, et désormais le fond des océans pour comprendre et se remémorer les atrocités commises durant la dictature chilienne.

Patricio Guzmán reçoit l'Ours d'argent

Patricio Guzmán reçoit l’Ours d’argent

 

… ET DÉSACCORDS

SUR KNIGHT OF CUPS

Déception de ne pas voir figurer le Knight of Cups de Malick dans le palmarès. Mais pour un film d’une telle ampleur, c’était tout ou rien. Plusieurs hypothèses : soit je jury n’a pas trouvé le film suffisamment bon pour le récompenser ; soit les membres du jury étaient trop partagés ; ou encore ils ont voulu éviter toute polémique inutile sur le rapprochement entre Aronofsky et Malick.

Car ils sont de même nationalité, ils ont tous les deux dirigé Natalie Portman et ont des sources d’inspirations communes. Donc Aronofsky récompensant Malick, c’était peut-être trop évident. Laisser la place à Panahi est un geste nettement plus élégant de la part de ce jury.

SUR LES PRIX EX AEQUO

Les doubles prix sont toujours des compromis peu satisfaisants. C’est même étonnant que la règle du festival le permette, car un jury se doit de savoir faire un choix sans tergiverser. Un prix ex æquo, c’est au mieux un pré-choix, au pire un non-choix. Cette année deux prix ont été décernés sur ce mode. Celui de la meilleure contribution artistique va à la fois pour Sturla Brandth Grøvlen et la caméra virtuose de Victoria, et pour Evgeniy Privin et Sergey Mikhalchuk sur le film Under Electric Clouds.

Sturla Brandth Grøvlen et Laia Costa

Sturla Brandth Grøvlen chef opérateur de Victoria et son actrice principale Laia Costa

 

De même, récompenser deux réalisateurs (Malgorzata Szumowska et Radu Jude) plutôt qu’un est une non-décision. Même si Body et Aferim sont deux films que je n’ai pas vu, il semble néanmoins qu’ils soient de très bonne facture.

SUR L’OURS D’ARGENT

L’ours d’argent va à El Club, film que je n’ai pas particulièrement apprécié mais dont je reconnais les qualités stylistiques. J’aurais préféré voir ce prix attribué à Che và con và deuxième film vietnamien réussi de Phan Dang Di.

Pablo Larraín à la 65ème Berlinale

Pablo Larraín entouré des acteurs du film El Club

Pour finir, Le journal d’une femme de chambre repart les mains vides. Dommage surtout pour Léa Seydoux qui aurait mérité un prix. N’ayant pas honoré le festival de sa présence, a-t-elle vexé la Berlinale en privilégiant le tournage du dernier James Bond plutôt que sa présence à la présentation du film de Benoit Jacquot ?

La vraie raison est plus probablement que face à Charlotte Rampling, il était difficile d’attribuer le prix à une autre actrice. Habituée du festival (Les Adieux à la reine, L’enfant du haut…), gageons qu’elle saura retenter sa chance dans une future édition.

 

La Berlinale, un festival sous-estimé ?

Il est d’usage pour les journalistes et les habitués du festival de taper sur la sélection officielle, qui serait chaque année sans grand intérêt et pour deux raisons :

  1. Il est coincé entre Sundance en janvier, et Cannes en mai : certains films présentés ont déjà été repérés au premier, et les films « importants » se réservent pour la plupart au second.
  2. Il a la préférence des sections parallèles intitulées Forum et Panorama, réputées nettement plus intéressantes. Surtout le Forum à vrai dire.

Personnellement j’ai vu beaucoup plus de très mauvais films dans ces sections que dans la compétition. Mais évidemment, c’est aussi une question de proportion, puisqu’il y a bien plus de films présentés dans les sections parallèles qu’en compétition.

En tout cas parmi les quelques 400 films présentés, impossible de tout voir. Dans le prochain billet, je vous exposerai le bilan de tous les films vus durant le festival. Je vous rassure, il n’y en a pas 400.

Et en attendant, je vous recommande deux lectures :