BERLIN, GERMANY - FEBRUARY 02:  Posters advertise the 66th edition of the Berlinale film festival in Berlin on February 2, 2016 in Berlin, Germany.  (Photo by Clemens Bilan/Getty Images)

Graphisme très réussi cette année pour la Berlinale 2016 (Photo par Clemens Bilan/Getty Images)

Tandis que le jury de Meryl Streep rendra son verdict ce soir, il ne reste plus qu’une journée de projection dimanche pour cette Berlinale 2016. Dans cette journée qui s’appelle communément kinotag (« jour de cinéma » en allemand) tous les films de la compétition sont repris, et toutes les projections sont accessibles au grand public. Une manière de clore en beauté le festival par une grande journée populaire du cinéma.

Pour le moment je n’ai vu que 3 films en compétition, mais il me reste à en découvrir un quatrième demain soir, qui sera peut-être primé d’ici là. Il s’agit de United States of Love, un film polonais de Tomasz Wasilewski qui a reçu des échos plutôt bons jusqu’à présent (ici par exemple).

Toutes sections confondues (Compétition, Forum, Panorama) voici les trois films qui m’ont le plus impressionnés :

Ranenyy Angel (The Wounded Angel) est le nouveau film du réalisateur kazak Emir Baigazin qui m’avait passablement marqué avec ses Leçons d’harmonie sortie en 2013. Présenté comme le deuxième volet d’une trilogie sur l’adolescence, Baigazin y brosse les portraits de jeunes pré-adolescents et adolescents dans les années 90 qui suivirent la perestroïka, une époque difficile. La force de sa mise en scène réside dans son style, dans son cadrage, et dans le découpage du film en plusieurs parties, chacune s’attardant sur un personnage en particulier.

Fuocoamarre (Fire at sea) de Gianfranco Rosi est un documentaire bouleversant sur l’île de Lampedusa, qui figurera sans aucun doute au palmarès, grâce à sa sublime mise en scène, mais aussi car il est en plein dans la thématique de la Berlinale cette année, celle des migrants.

Rosi s’intéresse à la fois à la vie locale à travers le quotidien d’un jeune garçon plein d’humour, et à la vie des gardes-côtes qui viennent à la rescousse des bateaux de migrants. Le parallèle entre les deux mondes, aussi prévisible puisse t-il être, est remarquablement mené. Et surtout c’est une manière directe et brutale de voir sous un autre jour, très cru, la réalité de cette crise des migrants dont les médias et les politiques ont tant parlé ces derniers temps.

Hele Sa Hiwagang Hapis (A Lullaby to the Sorrowful Mystery) est un film fleuve de Lav Diaz. Cinéaste philippin, il est connu pour ses films d’une durée insoutenable. Celui-ci ne manque pas à la règle et fait plus de 480 minutes, soit 8h de projection. Ce film est en un sens sublime, c’est un travail unique et surtout une véritable expérience à vivre. Je l’ai vu hier, et suis encore en train de le digérer, car ses images s’imprègnent durablement en nous.

Vu comme une provocation par les uns (Nicolas Gilson), comme un geste radical d’une grande qualité artistique (Nicolas Bardot), ou comme « le film de 8 heures qui a conquis Berlin » (Serge Kaganski) le film de Lav Diaz n’a pas manqué de susciter le débat. Pour le jury également ?

Il y aussi Fukushima mon amour (Panorama) qui aurait fait un très bon film sans le très mauvais prétexte scénaristique pour nous amener au cœur du film qui est en lui-même très beau. Baden Baden et Yarden (Forum), deux films de très bonnes factures mais qui ne m’ont pas durablement marqués. Il y a aussi Maquinaria Panamericana, dans la section Forum également, un film mexicain assez déjanté de Joaquin del Paso, un travail d’une grande originalité, à la fois nostalgique et noir, déprimant et éclairé.

Et je n’oublie pas Ilegitim, le très beau film d’Adrian Sitaru que j’ai monté et pour lequel j’étais invité à la Berlinale cette année, qui a reçu le prix CICAE (Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai) de la section Forum.

Et pour finir en images, le best-of du célèbre Kevin B Lee de cette édition 2016 :

En espérant que le jury n’ait pas été atteint par l’épidémie de grippe qui est tombé sur les festivaliers ces derniers jours, le palmarès de la 66ème édition de la Berlinale devrait être disponible sur le site officiel dans la soirée.