En parallèle de l’hommage qui lui est consacré, et de l’Ours d’or qui lui sera remis à titre honorifique ce soir, Wim Wenders a donné une masterclass à Berlin en revenant sur les thématiques qui lui sont chères. Première partie du compte-rendu de cette conférence un peu pompeusement intitulée « Wings of Time : Conversation with Wim Wenders » (« les ailes du temps : une conversation avec Wim Wenders« )

Petite note personnelle avant de dérouler le contenu de la conférence : c’est un rapport assez particulier que j’entretiens avec Wim Wenders, dont les films m’ont fait découvrir ce qu’était réellement le cinéma. C’est avec Paris, Texas que j’ai réellement compris ce qu’était un plan, et ce qu’était le montage. Je crois que mon premier véritable « ressenti cinématographique » vient de ce film. Wenders est un peu l’équivalent pour moi de ce qu’Ozu représente pour lui (voir Tokyo-Ga), si ce n’est que, comme beaucoup, certains de ses films à partir des années 2000 m’ont déçus. Ou du moins certains aspects de ses films. Mais je continue d’apprécier une partie de son travail, y compris sur son dernier opus, Every Thing Will Be Fine.
Dans cet état d’esprit d’ambivalence, j’ai assisté à cette conférence en admirateur conquis malgré tout.

Cette masterclass se déroule sous la forme d’une entrevue avec le directeur la Deutsch Kinemathek, qui introduit la conversation autour de la thématique cette année des Berlinale Talents, cadre dans lequel se déroule l’événement, et qui s’intitule « A space discovery ». La première question porte donc de manière évidente sur…

LES LIEUX DE TOURNAGE

Pour Wenders, le lieu du tournage a une importance cruciale : c’est pour lui le point de départ d’une idée. Il faut que le lieu ait une histoire, que se dégage une connexion entre lui et l’endroit. A chaque fois qu’il a tourné dans des endroits qu’ils ne « sentaient pas », ça l’a mené à la catastrophe. The Scarlet Letters n’est à ce stade pas évoqué, mais il est dans les têtes de tout le monde.
Effectivement la plupart des films de Wenders sont liés à un lieu en particulier. Quelques exemples :

  • le désert dans Paris, Texas et Jusqu’au bout du monde
  • Berlin dans Les Ailes du désir
  • Hambourg et Paris dans L’ami américain
  • Tokyo dans Tokyo-Ga

HOMMAGE

Projection d’un clip consacré à l’hommage que la Berlinale lui consacre, et intitulé « On the road », qui servira par la suite d’introduction à la rétrospective de ses films restaurés. Le fil rouge de ce montage est la route, comme symbolique de sa filmographie et de son parcours, mais aussi comme thématique récurrente présente dans ses nombreux films.


Wenders a supervisé lui-même le montage de cette compilation et en a choisi le titre qu’il justifie ainsi :

« Je n’aurais jamais osé utiliser ce titre [Sur la route] pour un de mes films, car il était déjà pris par un grand écrivain [Jack Kerouac]. Mais comme clin d’œil, je pouvais me le permettre. »

Pour cet hommage il a fallu sélectionner 10 films, ce qui a été difficile. Wenders compare ses films à ses enfants :

« On ne peut pas choisir un enfant plutôt qu’un autre, ils ne sont pas interchangeables. C’est pareil avec mes films. »

Il a construit son choix sur sa satisfaction personnelle vis à vis de chacun de ses films, et non sur leur succès public. Il fait aussitôt référence à Until the End of the World, dont il explique l’échec par le fait qu’il soit sorti dans une version tronquée. Pour les plus courageux, ce tort est désormais corrigé avec l’édition de la version de 5h telle que voulu par son auteur. Avec un certain humour, il souligne que vu le succès des séries en ce moment, il ferait mieux de le découper en plusieurs épisodes et le diffuser en tant que tel !
Il se dit d’ailleurs très admiratif des séries américaines, pour lui c’est là que les auteurs américains s’expriment aujourd’hui, et plus au cinéma. Interrogé sur le cinéma d’action américain, il se dit peu intéressé pour le réaliser car pas compétent, mais en même temps ça l’a beaucoup amusé de réaliser des scènes d’action dans L’ami américain. Il évoque le tournage d’une scène du film dans laquelle la Coccinelle de Dennis Hopper plonge dans la rivière, dont il garde un excellent souvenir car très plaisante à tourner. La petite anecdote qu’il raconte est qu’un garde-frontière d’Allemagne de l’Est les surveillait de l’autre côté du fleuve, et avait filmé toute la scène. « Maintenant que les archives sont ouvertes, j’ai commencé à rechercher ces images, se serait très drôle de pouvoir les retrouver ! »

LA 3D

Elle influence toutes les étapes d’un film, du scénario jusqu’au montage, en passant par le jeu des acteurs et évidemment la prise de vue, le cadrage et la lumière. Ca nécessite de connaitre encore plus les lieux de tournage, car la 3D « amplifie la vérité » et révèle ce que l’on filme, cela nous connecte au fait même de voir.
Il y a une modification de ce qu’on voit en 3D, il y a multiplication plus qu’addition. 1+1=3.

Wenders a opté dans son dernier film pour de légers mouvements de caméra censés reproduire les légers mouvements de la tête que nous avons en permanence, car personne n’est jamais complètement statique. Il faut donc dans un plan en 3D constamment reproduire cette particularité de la vision : le mouvement de caméra est nécessaire.

La 3D est une technologie rigoureuse, et il faut se concentrer au tournage, car il ne sera pas possible de récupérer les erreurs au montage.  » You can NO LONGER fix it in post » (« ce n’est désormais plus possible de réparer unplan au montage« ) dit-il dans une amusante référence à une phrase que l’on entend fréquemment sur les plateaux de tournage (« on s’arrangera au montage »)

Et c’est tout pour la première partie ! Dans la seconde partie il sera question (entre autres) du cinéma américain, de la musique, de sa Fondation et de la restauration de son œuvre.