Comme ce dinosaure marin qui s’apprête à ne faire qu’une bouchée de ce requin, nous serons sans pitié avec le teaser [1] de Jurassic World.

Il sera décortiqué, découpé, et analysé. Dans ce premier billet nous expliquons notre démarche. Dans les suivants, on attaque !

Jurassic World - Tylosaurus

Un tylosaurus (image : National Geographic)

 

 

Le teaser décortiqué

Notre objectif est différent de ce que vous avez pu lire au sujet de Jurassic World jusqu’à présent [2]. Notre but est de démontrer, en nous appuyant sur le découpage plan par plan du teaser, en quoi cette bande-annonce est dans une certaine mesure efficace, mais aussi plutôt simpliste. Elle s’inscrit dans un processus marketing dont le budget représente une part non négligeable du financement du film.

Car les enjeux sont importants : il s’agit d’une production Spielberg, mettant en œuvre d’importants moyens techniques et financiers. Le but en publiant une bande-annonce plus de 6 mois avant la sortie du film est donc d’entretenir l’attente, pour susciter une envie encore plus grande lors de la sortie du film en salle. Ainsi il est difficile pour le studio de prendre des risques en proposant un teaser qui ne serait pas suffisamment percutant, ou ne serait pas compris par le plus grand nombre.

La stratégie du studio est donc de mettre en avant le meilleur atout de Jurassic World : l’ambition démesurée de ses effets spéciaux, qui répondent à l’exigence n°1 d’une « suite » : la surenchère.

Tourné en 3D, le nouveau « park » du film est plus grand, voit sa capacité d’accueil augmenter, et introduit de nouvelles variétés de dinosaures, dont un gigantesque spécimen marin.

Sans compter un mystérieux nouveau dinosaure génétiquement modifié constituant le cœur de l’intrigue.

 

Le teaser découpé

Pour commencer, quelques chiffres:

  • La durée totale du teaser est de 2 minutes et 30 secondes
  • Il y a en tout 61 plans (en excluant les logos du début, et les cartons de fin)
  • La durée moyenne d’un plan est de 2,5 sec.

Quel est le principe de ce teaser ?

La mécanique du teaser est conçue de telle façon que la première partie met en place un certain nombre d’éléments, auxquels la deuxième partie fait constamment référence.

  • Dans sa première partie, le teaser fait l’inventaire de tout ce que le parc a à offrir, tant au visiteur (fictif), qu’au spectateur (réel). Il créé ainsi volontairement une confusion entre le monde réel et le monde de la fiction, créant un processus d’identification des spectateurs aux visiteurs sur lequel nous reviendrons.
  • Dans sa seconde partie, le teaser s’appuie sur les éléments introduits dans la première pour présenter l’intrigue, qui ne semble pas être d’une folle originalité par rapport aux épisodes précédents : schéma narratif identique, personnages très similaires, les humains constamment mis en situation de danger face aux dinosaures.

Quelles en sont les principales qualités ?

  • Vu des millions de fois, commenté des dizaines de milliers, il a été relayé dans des articles, sur les réseaux sociaux, et sur les blogs (encore aujourd’hui jusqu’ici). Il a donc atteint son premier objectif : faire parler du film. Ce qui en fait sa première qualité.
  • Bien construit, très clair dans ce qu’il montre et raconte, le teaser est efficace. Ce qui explique évidemment en partie le point précédent.
  • C’est un grand spectacle : il y a de la nouveauté dans les images qui nous sont présentées par rapport aux précédents opus, beaucoup d’effets spéciaux… autrement dit il impressionne.
  • Enfin, il est bien rythmé : le montage, bien que basé sur un principe répétitif, est réussi d’un point de vue technique.

Quelles en sont les principaux défauts ?

  • Dans sa construction, il est trop linéaire : sa structure est très rigide, ne laissant aucune place au spectateur pour voir les choses par lui même. Un élément en amène un autre de manière trop systématique, et nous n’avons d’autre choix que de suivre le chemin tracé par le teaser sans s’écarter d’un iota de ce que l’on nous montre.
  • Dans son montage, il est trop systématique :
    • Abus d‘effets percutants qui font la marque des bandes-annonces hollywoodiennes [3] : passages au noir, coupes franches, courts fondus enchainés systématiques… il use et abuse des mêmes procédés constamment répétés.
    • Les images du film sont régulièrement interrompues par des cartons qui mettent en avant des informations factuelles : date de sortie du film, nom du producteur etc., toujours présentés sur fond noir.
  • C’est incontestablement lié au contenu du film, mais le teaser est simpliste : il y a les ingénus qui se trompent, le gentil qui a raison avant tout le monde, et les enfants attendrissants qui sont en danger.
  • Enfin, il nous a semblé que le teaser présentait le film de manière plutôt machiste, donnant le beau rôle au héros, et laissant l’héroine dans un rôle de greluche. Mais attendons de voir le film au complet pour affiner ce jugement.

En attendant la suite de cette série de billets, vous pouvez voir ou revoir la bande-annonce dans notre précédent billet, ainsi que visualiser le storyboard reconstitué du teaser ci-dessous :

Jurassic World Teaser #1 Storyboard

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Notes
[1] Un teaser est un avant-goût de ce que sera le film, une sorte de mise en bouche. Un teaser ne laisse entrevoir qu’un aperçu de ce que sera le film, alors que la bande-annonce est bien plus complète et exhaustive. Pour bien comprendre la différence, comparer par exemple le teaser actuel de Jurassic World, avec la bande-annonce définitive du premier Jurassic Park.

[2] Sélection d’articles qui parlent du teaser selon différents modes :

[3] Voir notamment les très bonnes parodies de Screen Junkies,dont la série Honest Trailers est assez hilarante.
Voir ci-dessous leur version parodique de la bande-annonce de Jurassic Park :