Cet troisième article ferme la série sur la conversation avec Wenders à la Berlinale Talent 2015
Première partieDeuxième partie

Précision importante que j’ai oublié de mentionner dans les parties précédentes : toute la conversation s’est déroulée en anglais, afin d’être comprise par l’ensemble de l’assistance, très internationale.

Après avoir affirmé l’importance de la dramaturgie (« storytelling ») dans la fin de la seconde partie, et prédire que le documentaire va prendre de l’ampleur dans les années à venir, Wenders répond à une question sur le déclin du format 35mm.
Wenders n’est pas un nostalgique de la pellicule. Ce qu’il aime dans le cinéma, c’est le fait que ce soit une expérience contemporaine, à vivre au présent. Le grand progrès du numérique c’est la conservation, car la pellicule n’est pas un support assez durable. Elle se dégrade dans le temps, parfois irrémédiablement comme il en a fait l’expérience avec la récente restauration de ses films.

PROJET DE FILM DOCUMENTAIRE

L’importance des lieux chez Wenders. Comme il l’a déjà évoqué dans la première partie, ce sont les lieux qu’il visite qui inspirent ses films. Actuellement il rêve de réaliser un documentaire au long cours sur Peter Zumthor , un architecte dont il admire tout particulièrement le travail. Il aimerait pouvoir suivre un de ses projets architecturaux au complet, de sa conception à sa réalisation. Et bien entendu ce sera filmé en 3D.

CONSEIL A UN JEUNE CINÉASTE

Wenders sera concis mais très précis dans le conseil qu’il donnerait à un jeune cinéaste :

« Il faut que vous trouviez quelque chose que personne d’autre que vous ne peut faire.
Et il y a forcément quelque chose. »

CRITIQUES

Il n’en dira pas plus, mais visiblement il ne raffole pas des critiques. Il ne les lit plus, et se contente de les parcourir. Il préfère faire confiance au jugement de ses amis proches ou de sa femme.

INFLUENCES

Il évoque souvent Hitchcock, mais aussi Mann, Fuller, Hawks. Il a vu tout Anthony Mann dans les années 60, et son cinéma lui a appris comment les films sont faits et comment ils sont construits. Ses films sont excellents à étudier et à décortiquer.
Voyage à Tokyo est le premier film de Yazujiro Ozu qu’il ait vu. Découvert au Lincoln Center dans les années 60, ce fut pour lui une si grande révélation qu’il l’a vu 3 ou 4 fois de suite. Le cinéma de Ozu lui a permis de « multiplier par quatre » sa vision du cinéma, et lui a permis de découvrir la dimension spirituelle du cinéma.

LES ACTEURS

Il y a eu beaucoup d’évolution depuis le siècle précédent : les acteurs connaissent désormais beaucoup mieux la technique du cinéma. Avant, les acteurs venaient beaucoup du théâtre, aujourd’hui ils savent comment se fait un film. En 3D, la performance de l’acteur est exacerbée, il faut tenter dans le jeu le plus grand minimalisme, et épurer le plus possible.

Wenders avoue ne pas savoir écrire les dialogues, c’est pourquoi il est important pour lui de travailler avec un écrivain. Il faut adopter une stratégie pour obtenir le meilleur des acteurs, ce qui s’obtient en contournant leurs défauts. Certains acteurs n’aiment pas se voir, d’autres ne sont bons qu’à la première prise (qu’il faut donc soigner), quand certains se refusent parfois à refaire une prise.

C’était un bonheur de travailler sur Every Thing Will Be Fine avec James Franco : il reste toute la journée sur le plateau, même quand il n’a pas de scènes à jouer. Il écoute ce qui se passe, et lit beaucoup. Ce n’est pas un grand bavard, c’est même un résistant des conversations qui tournent autour de la météo (un « small talk resistant » dans le texte).
James Franco était tellement présent qu’il dormait même sur le tournage. Ce qui était commode, il était toujours disponible quand on avait besoin de lui !
Wenders ne tarit pas d’éloge sur Franco, et souligne sa générosité envers les autres acteurs. Il lui rappelle Fassbinder, qui comme lui faisait toujours beaucoup de choses en même temps.

TRANSPORTS

« J’aime tout ce qui est en mouvement, j’aime travailler avec des objets mouvants » affirme Wenders : la voiture, le train, l’avion. « On peut tout filmer avec une voiture« . En revanche, il trouve que « les vélos ne sont pas très sexy dans le films« .

On termine ce compte-rendu par cette phrase de Herbert Achternbusch, dont Wenders cite le beau paradoxe :

« You don’t have a chance, but use it. » (Vous n’avez aucune chance, mais il faut s’en servir)

Pour poursuivre sur l’œuvre de Wenders :