Lecture de la première partie recommandée avant de lire ce qui suit.

Cette « conversation » comme l’appelle joliment les allemands (en France on parle plutôt de masterclass) s’est déroulée lors de la 65ème Berlinale.

Dans la partie précédente, Wim Wenders avait évoqué l’hommage qui lui a été rendu à la Berlinale, et a parlé de l’utilisation de la 3D, à l’œuvre dans ses deux derniers films. Il poursuit dans cette partie avec le cinéma américain, thème qui lui est cher. Tout d’abord car il est un grand admirateur de ce cinéma, mais aussi car il a lui même réalisé des films aux États-Unis, dont son film clin d’œil L’ami américain (il a lui-même vécu à Los Angeles pendant près de 10 ans), choisi pour être projeté à la soirée pour lui remettre un Ours d’honneur. C’est aussi aux États-Unis qu’il a réalisé un de ses plus beaux films, le palmé Paris, Texas.

LE CINÉMA DE GENRE AMÉRICAIN

Aujourd’hui, pour Wenders, le cinéma d’auteur américain se retrouve dans les séries. Les bons auteurs américains ne font plus de films pour le cinéma : comme les films projetés en salles sont des blockbusters sur des super héros, les réalisateurs se réfugient à la télévision. Wenders considère que le très long format des séries est très intéressant, et permet de développer les personnages comme jamais ne pourrait le faire un long-métrage.

Retour en arrière. Wenders, à la fin des années 60, est étudiant. Il voit beaucoup de western, notamment ceux de Anthony Mann dont il est un grand admirateur. Wenders a souvent voulu essayer de s’inscrire dans un genre, mais n’a jamais réussi. Dès qu’il y a des règles imposées, la première chose qu’il a envie de faire c’est de les briser. Il a voulu réaliser sdeuxième film (L’angoisse du gardien de but au moment du penalty, 1972), dans la lignée de Hitchcock. A la différence près que c’est un thriller, mais un thriller existentiel, donc un « thriller sans supense ».

Il s’est essayé au genre du film historique avec The Scarlet Letters, un échec. C’est avec ce film qu’il s’est dit ne plus pouvoir prétendre appartenir à un genre particulier. Lorsqu’il découvrit une contradiction à ce constat : le road-movie. Ce qu’il y a de particulier dans ce genre qu’il adore particulièrement, c’est qu’il impose un tournage chronologique, idéal pour les comédiens.

Le plus beau moment de sa vie : celui où il réalise qu’il peut, au sens propre, conduire son film.

MUSIQUE ET MONTAGE

Dans son premier film, Summer in the city (1970), la bande-sonore était composée uniquement de morceaux existants, car on ne lui avait pas appris qu’il fallait s’acquitter des droits ! La production fut ainsi incapable de régler la somme colossale que représentait cette régularisation. Il s’est donc retrouvé avec un film insortable.

La musique joue un rôle important dans la signification du montage : une scène prend une tout autre signification en fonction du choix de la musique placée sous un raccord. Wenders parle alors de magie du montage.

Pour Jusqu’au bout du monde (1991), il a interrogé ses amis musiciens sur ce que pouvait donner la musique des années 2000. Et ça a donné la BO du film.

LA FONDATION WENDERS

Précision importante : Wenders a légué ses films à la Fondation. Il n’a donc plus aucun droit dessus. Il se justifie par le fait que « les films n’appartiennent qu’à eux-même« .

La Fondation a comme mission principale la restauration et l’archivage des films de Wenders. Mais elle a aussi pour ambition d’investir dans l’avenir : accompagnement de projets et soutien de jeunes réalisateurs. Wenders considère qu’il est crucial de les suivre à la sortie de l’école. Car une fois diplômé, il y a un vide colossal à combler dans la vie d’un jeune réalisateur aujourd’hui, qui se retrouve désœuvré, face à lui-même.

En restaurant ses films, l’idée qu’il avait en tête était de ne pas montrer « des antiquités« , car les films ont besoin « de vibrer, d’être vivants« . Il avait l’ambition en commençant la restauration de ses films, de retrouver la qualité du premier tirage de l’époque. Comme si le film venait d’être réalisé. Alice dans les villes a été tourné en 16mm, et le négatif était dans un état désastreux. Heureusement ils ont fait un très beau travail de restauration, sans quoi le film était condamné à disparaitre.

TECHNOLOGIE

« Dans la vie, je suis un peu un geek » avoue t-il. Il adore vraiment tout ce qui a trait à la technologie. Mais il ne cède pas pour autant à utiliser de nouvelles technologies à tout va au cinéma. Pour lui, leur utilisation n’est justifiée que lorsqu’elles apportent vraiment quelque chose. Alors là oui, car ça « élargit la grammaire« .

Faire des films c’est un langage, et ce sont les outils qui en créent la grammaire. Récemment par exemple il a découvert le « slider », qui est utilisé pour de micros mouvements de caméra. Pour lui, c’est parfait pour retranscrire en vue subjective le mouvement des yeux – ce qu’il a fait dans Every Thing Will Be Fine.

L’AVENIR DU CINÉMA

Le film Chambre 666, qui date de 1982, a été tourné dans une chambre d’hôtel à Cannes. Le principe était d’interroger de grands noms du cinéma. Très intimidé, Wenders a mis en place un dispositif dans lequel il n’avait pas à être devant les personnes interviewées, car elles s’occupaient elle-même de déclencher la caméra qui avait un cadre déterminée, et s’arrêtait automatiquement à la fin de la bobine. Wenders a appelé ça « l’interview lâche » (« the coward interview ») !

Il passe rapidement en revue les réalisateurs passés devant sa caméra lors de ce tournage :

  • Antonioni, le seul à avoir pressenti la déferlante numérique ;
  • Spielberg, obsédé par les histoires d’argent ;
  • Godard, le plus intéressant, qui avait deviné la durée à tenir pendant l’interview, car il connaissait la longueur exacte de la bobine.

Aujourd’hui, la crainte de la mort du cinéma qui a inspiré le film Chambre 666 et qui pesait dans les années 80, a disparu car le cinéma s’est réinventé grâce aux nouveaux outils : aujourd’hui, avec presque rien, on peut s’adresser au monde entier. La forme va changer, mais pas le fait de raconter des histoires, car c’est un moyen de comprendre le monde, ce dont nous avons profondément besoin. C’est aussi pourquoi le documentaire va prendre de l’ampleur.

 

Fin de cette deuxième partie, troisième et dernière partie d’ici la sortie d’Every Thing Will Be Fine le 22 avril !